Contexte du désert médical dans le quartier de Funay
Depuis plusieurs années, le quartier de Funay au Mans connaît une situation préoccupante en matière de santé : un véritable désert médical où près de 8 000 habitants peinent à trouver un médecin traitant. Cette carence structurelle s’explique par divers facteurs : un taux croissant de départs à la retraite non compensés, une faible attractivité pour les professionnel·le·s de santé et des infrastructures inadaptées.
La métropole mancelle, consciente de l’urgence sanitaire, a lancé en décembre 2024 un contrat local de santé visant à inciter de nouvelles installations de praticiens. Les mesures comprenaient une aide forfaitaire de 5 000 € pour chaque généraliste s’établissant en zone prioritaire, ainsi que la création de deux maisons de santé pluridisciplinaires opérationnelles dès 2024. Pourtant, le rythme des arrivées restait insuffisant pour répondre à la demande.
Les conséquences pour les familles sont multiples : difficulté à obtenir un rendez-vous, recours fréquent aux urgences, report des soins préventifs ou diagnostiques. Des associations locales, comme “Solidarité Santé Funay”, alertent régulièrement sur les risques encourus par les plus fragiles, notamment les enfants en bas âge et les personnes âgées. Dans ce contexte, l’annonce de l’installation de trois nouveaux médecins le 1er février 2026 représente un tournant.
Ces arrivées interviennent quelques semaines après l’ouverture de la première maison de santé pluridisciplinaire avenue d’Haouza, qui regroupe déjà plusieurs infirmier·ère·s, kinésithérapeutes et une sage-femme. L’objectif est de favoriser une prise en charge globale, coordonnée et de proximité. Les patient·e·s y accèdent sans délai et bénéficient d’une orientation fluide entre les spécialités.
Le projet s’inscrit dans une vision à long terme, ancrée dans les besoins du quartier. En 2026, la métropole Le Mans envisage de renforcer encore son soutien aux familles, tout en anticipant la montée en charge progressive des nouvelles installations. Un suivi statistique mensuel sera mis en place pour évaluer l’évolution de l’accès aux soins et ajuster les aides le cas échéant. Un expert du réseau régional de santé a d’ores et déjà souligné que ce modèle pourrait inspirer d’autres communes confrontées à la désertification médicale.

Profils et spécialités des trois nouveaux médecins
Chacun des trois nouveaux médecins installés au Mans apporte une compétence particulière, répondant ainsi aux besoins identifiés dans le quartier Funay. Le premier est un généraliste, le Dr Aurélie Martin, issue d’une promotion locale, formée à l’université du Mans. Passionnée par la médecine de proximité, elle a exercé plusieurs années dans un territoire rural avant de revenir en Sarthe.
Le second médecin est spécialisé en pédiatrie, le Dr Hassan El Amrani, diplômé de Paris. Attiré par l’approche pluridisciplinaire, il rejoint la maison de santé avenue d’Haouza pour offrir un suivi global aux enfants du quartier. Son expérience dans une clinique de la région lyonnaise l’a sensibilisé à l’importance d’un accès facile pour les tout-petits et leurs parents.
Enfin, la troisième praticienne, le Dr Sophie Dubreuil, est ophtalmologiste. Sa venue est cruciale puisque la dernière spécialiste de l’œil avait quitté le quartier en 2022. Avec elle, les habitants bénéficieront de consultations et d’actes tels que la prise en charge de la cataracte ou le suivi de la santé visuelle des enfants. Elle a récemment été citée dans une publication spécialisée pour avoir participé à une avancée chirurgicale notable : une opération de cataracte révolutionnaire sur un prématuré de 31 semaines. (Voir le cas documenté ici.)
La complémentarité de leurs parcours garantit une offre de soins cohérente. Chaque praticien·ne a déjà noué des partenariats avec des centres hospitaliers de la région, assurant une chaîne de soins efficace en cas de besoin de recours. De plus, des consultations de prévention seront programmées chaque trimestre, avec des ateliers thématiques (nutrition, dépistage, santé visuelle), impliquant également kinésithérapeutes et infirmier·ère·s.
L’équipe de la maison de santé pluridisciplinaire bénéficiera d’un logiciel commun de dossiers patients, offrant une traçabilité parfaite et un gain de temps précieux pour la coordination. Les familles pourront ainsi gagner plusieurs semaines lors de leur parcours de soins, un bénéfice considérable dans une zone qui souffre historiquement d’attente prolongée.
Impact sur l’accès aux soins et bien-être des familles
L’arrivée de ces trois praticien·ne·s a immédiatement modifié la donne pour les 8 000 résident·e·s. Les prises de rendez-vous en ligne ont explosé : le taux d’occupation des agendas atteint déjà 75 % pour les trois premiers mois. Les consultations pédiatriques, souvent les plus plébiscitées, sont désormais planifiées sous dix jours, contre plus de trois semaines auparavant.
Ce regain d’accès aux soins se traduit également par une baisse notable du recours aux urgences pour des motifs de médecine générale ou pédiatrique. Selon le dernier bilan de la CPAM de la Sarthe, les passages aux urgences dans le secteur ont diminué de 18 % entre janvier et mars 2026, évitant des coûts importants pour la collectivité et soulageant les équipes hospitalières déjà en tension.
Les familles témoignent d’un véritable soulagement. Mme Lefèvre, mère de trois enfants, raconte comment la prise en charge rapide de son cadet pour un virus ORL a évité une hospitalisation : “Avant, j’aurais attendu des jours pour un simple renouvellement d’ordonnance.” De même, M. Kévin Petit, jeune retraité, se réjouit de la présence d’un ophtalmologiste à deux pas de chez lui, évitant les longs trajets vers le centre-ville.
Des ateliers collectifs sont déjà organisés : un premier sur la vaccination infantile a réuni 120 participant·e·s. Des séances de dépistage visuel gratuit sont prévues pendant les prochaines Journées du bien-être du quartier. Ces initiatives promeuvent la prévention et renforcent le lien social, faisant de la maison de santé un véritable lieu de vie.
L’impact va au-delà de la seule santé physique : la dimension psychologique est primordiale. Savoir que l’on peut consulter rapidement apaise l’anxiété des parents et des personnes isolées. Les espaces d’accueil, colorés et modulables, ont été pensés pour instaurer un climat de confiance et de sérénité.

Organisation et fonctionnement de la maison de santé pluridisciplinaire
La maison de santé avenue d’Haouza, avec ses 300 m² de locaux neufs, accueille déjà sept praticien·ne·s et dix paramédicaux. Son modèle repose sur la coordination et le partage d’outils : dossiers patients mutualisés, réunions de concertation plurihebdomadaires et espaces dédiés aux ateliers de groupe.
Chaque praticien·ne dispose d’un cabinet individuel, mais l’accueil, la facturation et la prise de rendez-vous sont centralisés pour une meilleure fluidité. Un secrétariat commun, ouvert du lundi au samedi, assure une permanence téléphonique et physique. Les patient·e·s peuvent également gérer leurs rendez-vous en ligne via une plateforme adossée au DMP (dossier médical partagé).
Les soins proposés vont de la consultation simple à des actions plus spécialisées : dépistage visuel, conseils en puériculture, séances de rééducation posturale ou ateliers nutritionnels en partenariat avec l’association locale d’aide alimentaire. Les kinésithérapeutes et l’infirmière hygiéniste organisent des séances de prévention des chutes pour les seniors, un enjeu crucial compte tenu du vieillissement progressif de la population du quartier.
Un point fort du dispositif est la disponibilité d’espaces de téléconsultation, équipés pour la télémédecine. Ils permettent une continuité de suivi lorsque les médecins sont en déplacement ou en formation. Un partenariat avec le centre hospitalier provincial garantit en outre des consultations spécialisées à distance, notamment en dermatologie et en cardiologie.
Les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) ont lieu chaque jeudi matin. Elles permettent d’échanger sur les cas complexes, d’identifier les besoins de coordination et d’assurer un suivi renforcé. Ce mode de fonctionnement s’inspire des RCP en oncologie, déjà validées par la Haute Autorité de Santé.
Perspectives d’avenir et initiatives complémentaires
Au-delà de cette installation réussie, la métropole du Mans prévoit d’étendre le modèle à d’autres quartiers identifiés en 2026 comme prioritaires. Une aide municipale à l’aménagement sera proposée pour faciliter la conversion de locaux vacants en cabinets médicaux.
Des partenariats avec des écoles de médecine et paramédicales sont à l’étude pour accueillir des stagiaires, favorisant ainsi une dynamique de formation locale. L’objectif est de créer un vivier de futur·e·s professionnel·le·s de santé, sensibilisé·e·s au travail de proximité.
Par ailleurs, des subventions seront mobilisées pour développer la santé digitale : bornes interactives d’orientation, télésurveillance de patients chroniques et dossiers médicaux renforcés. Ces outils amélioreront la qualité des soins tout en optimisant les ressources.
Une expérimentation de consultations au cœur des écoles primaires du quartier est programmée pour fin 2026. Elle visera à dépister précocement troubles de la vision ou de l’audition, en lien avec le Dr Dubreuil et des orthophonistes.
Enfin, l’expérience du Mans pourrait être partagée au niveau national. Un article retraçant cette initiative a été évoqué lors de la dernière conférence de santé publique à Paris. Inspirés par cette dynamique, d’autres villes en zones prioritaires envisagent déjà de reproduire ce modèle pluridisciplinaire.
Ce projet ambitieux témoigne d’un véritable tournant : la reconquête de l’accès aux soins pour tous, l’amélioration du bien-être des familles et la valorisation de l’expertise médicale locale. Un exemple à suivre pour pallier les défis de la désertification médicale en France.
Pour en savoir plus sur les performances ophtalmologiques remarquables, découvrez le témoignage du Dr Jonathan Aker et de ses patients ici.
